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Temps fort n°2 – Piatra Neamt (ROU)

Photos en bas de page

 

2nd temps fort du projet Erasmus+, à Piatra Neamt, Roumanie.

Deux grands moments de l’organisation autour du thème : Supports traditionnels et modernes de la promotion du patrimoine culturel du Neamt de nos jours

  1. journée de découverte
  2. journée de conférences, débats, ateliers

Mardi 19 mai

Lieu : Monastère du Neamt/Synagogue de Piatra-Neamt/Hôtel Ceahlaul salle de conférences au rez-de-chaussée

Thématique : Découverte du territoire du livre roumain, des premiers textes imprimés au Monastère du Neamt et des premiers textes religieux juifs du patrimoine de la ville de Piatra-Neamt

9h – accueil officiel de la délégation de partenaires au Lycée « Petru Rareş » – salle des fêtes
9h30 – en car, départ devant le lycée: découverte de la bibliothèque de livres rares du monastère du Neamt (l’imprimerie et les premiers livres imprimés du Neamt); le Staretz du monastère : présentation du fonctionnement des premières machines à imprimer et de la façon dont on fabriquait les livres religieux; présentation du fonds documentaire; le livre religieux entre science et art; promotion du patrimoine ; présentation du livre fait par les élèves roumains, Le Livre du Livre du Neamt (du livre traditionnel au livre moderne)
13h-14h30: déjeuner à la « Bibliothèque » du Prêtre Mihoc (directeur du Séminaire Théologique du Neamt)
14h30-16h: retour à Piatra-Neamt
16h30: présentation de l’écrivain Emil Nicolae Nadler qui nous reçoit à la Synagogue de Piatra-Neamt, la plus ancienne de Moldavie: découverte des manuscrits religieux, manière de présentation des textes saints juifs; manière de les garder; promotion du patrimoine. Avenir des livres de patrimoine. Le refus du livre électronique par les textes religieux ?
18h-18h30: Retour à l’hôtel : salle de conférences : le point sur les travaux du jour, conclusions
20h: dîner au restaurant Ceahlau

Mercredi : 20 mai[1]

Lieu : Bibliothèque départementale G. T. Kirileanu, Piatra-Neamt, boulevard Republicii, no. 15, Grande Salle. Les roll up de présentation des partenaires dans le Grand Hall.

Télévisions locales présentes : 1TV, Kanal D, Est Tv, TéléM.
Journaux locaux invités : Ceahlaul, Ziarul de Neamt, Monitorul
Invité aussi : Institut Français de Iasi

Vernissage : Exposition de photos Aile comme Livre, auteur Bernard Vanmalle ; Exposition de photos des élèves du Lycée « Petru Rares ». Présentation des deux exposions faite par le professeur docteur Adrian ROMILA.

Thématique : Hommo zappiens. Où va le livre ? Entre livre classique et livre numérique. Quel choix des écrivains ? Quel choix des éditeurs ? Quel choix dans les bibliothèques publiques ?

9h-13h : Matinée modérée par le professeur Luminita VIRLAN la directrice du Lycée « Petru Rares »
Conférence 1 : professeur docteur Adrian ROMILA, Quo Vadis, Libri ?
Conférence 2 : Ecrivain Adrian Alui Gheorghe (publié par Gallimard). Ecrire aujourd’hui

Pause café

Conférence 3 : La vague jeune d’écrivains : Stefan BAGHIU, prix jeunesse début 2014, Editions Cartea Romanească (ancien élève du Lycée « Petru Rares »).
Conférence 4 Carmen Raluca Naclad, Docteur, secrétaire littéraire
et consultante artistique.

13h-14h30 : Déjeuner au restaurant Paharnicul
15h-17h: Ateliers des jeunes : Après-midi modéré par le professeur Cristina GRIGORI.

– résultats de la résidence artiste : présentation de l’artiste Nicu LUCA, présentation du travail des élèves dans le cadre de l’atelier d’art digital
– atelier Histoire d’une bibliothèque scolaire : présentation de la Bibliothèque du Lycée Petru Rares (quel avenir) ; présentation du professeur Dorina DREXLER ; discussions avec les élèves

Pause café

– atelier de lecture : découvrir un texte français dont le personnage principal est un Roumain (quels résultats) : présentation du professeur Liliana PISTOL ; discussions avec les élèves
– atelier d’art dramatique : découverte du texte La Vraie fiancée d’Olivier PY ; présentation des professeurs Magda IFTIMIE et Loredana MITREA ; comment s’est faite la lecture.

17h-18h : Table ronde animée par le professeur Adrian ROMILA : Homo zappiens. Les jeunes et la lecture. Participent : bibliothécaires, élèves et professeurs de roumain.
18h-18h30: retour à l’Hôtel et le point sur les activités du jour, conclusions. Salle de conférences.
20h : repas roumain au restaurant Cercul Gospodinelor.

[1] Interprétariat en français et anglais.

Adrian
Romila
Professeur/Docteur
-

Adrian
Alui Gheorghe
Ecrivain
-

Emile
Nicolae
écrivain et critique
-

Raluca
Naclad
Docteur, secrétaire littéraire
et consultante artistique

Compte rendu
et vidéo
-
-

Sur la lecture, le regard et la liberté (résumé)

Le livre en format classique (des pages imprimées, reliées entre des couvertures, lecture linéaire et successive, bloc de texte, fait de mots rattachés par la syntaxe, donc avec une cohérence logique et avec des références reconnaissables) a nourri depuis quelques milliers d’années la culture de l’humanité dans l’esprit de la liberté. Y compris de la liberté herméneutique. La lecture du texte a permis depuis toujours la construction au fur et à mesure d’un sens, en fonction de l’entraînement culturel  de chaque lecteur, et le sens de deux lecteurs différents qui ont lu le même texte n’a jamais été parfaitement identique. L’effort de construire ce sens a différencié l’homme cultivé, en déterminant l’hiérarchisation sociale des types d’intelligence, du travail et des horizons anthropologiques conditionnés géographiquement, historiquement et religieusement. Bref, depuis les premiers rouleaux vénérés ou accessibles dans les bibliothèques, l’homme s’est rapporté fondamentalement au texte, au livre, à la dépendance ou à l’indépendance de lecture. Sauf les exceptions d’un traitement strictement littéral, imposé par un certain genre culturel ou d’une certaine approche religieuse, le texte écrit a laissé aux lecteurs la marge de liberté qui est à eux, l’espace de commentaire, de cohabitation, d’avancement collectif. L’effort de l’auteur de renfermer les références dans des propositions est, dans le déroulement des idées, a été récompensé par l’effort du lecteur de percevoir, de comprendre, de commenter, de se reconnaître dans le texte. Les auteurs ont conservé la pulsation de la pensée et de leur époque, les lecteurs lui ont composé une postérité et l’ont archivée. C’est comme cela qu’est née la culture, c’ainsi que la science s’est développée: à base d’un effort réciproque, avec le texte écrit au centre et avec la liberté herméneutique comme principe. Les auteurs et les lecteurs ont imaginé à la fois, autour du texte, chacun dans sa direction. Aujourd’hui, la numérisation progressive, l’expansion de l’image et la possibilité de percevoir et de trouver tout à distance d’un click, dans une hyper-réalité avec des ramifications, a modifié fondamentalement le fonctionnement de la culture. En remplaçant la successivité spécifique au texte et l’effort libre de reconstruction du sens, la numérisation a rendu à l’homme, avec la simultanéité et avec la vitesse de la perception, l’illusion que tout est à notre portée, dans une proximité commode et omnipotente. Dépourvu de l’effort propre de comprendre et d’imaginer, l’homme contemporain ne peut plus lire un livre, au sens traditionnel. Il reçoit les images et les informations avec une vitesse éblouissante, à moitié mélangées, dans un spectacle déconcertant des références et des différences entre elles. Les bases anthropologiques de l’homme intelligent, cultivé sont, aujourd’hui, autres, tout comme les pages lues (pourrions-nous les appeler encore ainsi) sont, en fait, des conglomérés de mots-liens, d’images, de blocs textuels insérés parmi des cassettes d’informations. L’homme récent perçoit de façon synesthésique, simultanée, cumulative, au prix d’une superficialité opérable, à long terme. Si l’homme du passé se retournait vers soi, avec chaque texte lu, lentement, progressivement et librement, en mouvement (je dirais dans la mécanique légèrement répétitive d’un « de gauche à droite », conformément au déplacement de la lecture et pendant le temps historique), l’homme récent explose rapidement, avidement, précipitamment, de tous les côtés. Il le fait assez in différent à la reconfiguration du soi, un autre que celui qu’il prétend connaître dans l’immédiat. Pour lui, le temps n’est plus linéaire, décanté par le répit et l’effort d’intériorisation, au contraire, il est en spirale, asymptotique et chaotique, en parfaite consonance avec l’apparition des images sur l’écran coloré d’un gadget de dernière génération. Picture by picture est devenu picture in picture, et, de façon analogue, word by word est devenu word in word, à l’infini. De voir, par les mots, en voir, par les images, en fait, de lire en regarder. Avec des pertes et des avantages.

Rien n’est, d’emblée, regrettable. Et rien n’est irrémédiablement perdu. Ce que nous ne comprenons pas ou ce que nous n’acceptons pas n’est pas nécessairement mauvais, c’est simplement autre chose. Nous ne devons pas devenir nostalgiques, tant que nous traversons, inévitablement, un temps où tout change très vite. Nous ne sommes pas ceux qui ne comprenons  pas ou qui refusons, mais ceux qui n’appartenons pas et qui nous entêtons à survivre, conscients, dans les deux mondes: de la lecture et de ce-qui-vient-après. Nous ne sommes pas nécessairement les bons, mais plutôt les marginaux.

Pour le moment, nous nous sentons libres tant que nous lisons et que nous regardons. Pour le moment.

Communication complète à télécharger : Lecture, regard et liberté. Quelques questions de principe sur le papier et l’écran

 

Ecrire aujourd’hui. La culture, entre universel, national et local (résumé)

Il y a une tendance de l’artiste, depuis toujours, de se situer au-delà des frontières, dans l’universalité. L’artiste semble ne pas s’adresser, comme message artistique à l’homme, mais à l’humanité; il ne s’adresse pas au lieu, mais à l’universel. George Călinescu, reprenant des thèses européennes, tempère l’artiste, en lui disant que l’entrée dans l’universel se fait, quand même, par le national. Que dans un concert universel de voix, vivantes, en tant qu’artiste, quelques éléments traduisent ton peuple, l’empreinte de ton lieu, l’histoire et la tradition. Que ces éléments, déroulées ou seulement devinées, sont celles qui te confèrent, par non ressemblance, une place à toi seul. Shakespeare est sûrement Anglais, Tolstoï est sûrement Russe, Voltaire est sûrement Français et Goethe est sûrement Allemand si on lit leurs œuvres par les éléments qui les distinguent, les recommandent, mais qui les séparent aussi. Les artistes roumains qui sont entrés dans l’universalité ne font pas exception, Brâncuşi, Cioran, Ionesco, Eminescu, Eliade ou Enescu ont la touche, l’empreinte ineffaçable de la culture roumaine, soit au niveau de la sensibilité, des thèmes, des formes, soit au niveau des obsessions humaines et historiques.

Mais les guerres mondiales, celles des champs de bataille, les guerres froides, les guerres économiques, les guerres des marchés de vente, etc. ont mélangé les cultures et ont apporté en discussion la notion de mondialisation. Et la mondialisation économique attire la mondialisation culturelle. Le rêve depuis toujours de devenir universel, de l’artiste, semble ainsi, très proche. L’histoire, les contextes et les calculs semblent l’aider.

La mondialisation signifie, dans une certaine perspective, la mort des petites cultures, en faveur d’une culture grandiose qui « honore »  l’humanité dans sa confrontation futures avec les civilisations galactiques. Parce que l’homme ne peut pas s’arrêter, dans son dynamisme, simplement sur soi et sur son monde, il rêve les yeux ouverts de transgresser l’espace et, éventuellement, le temps. S’agirait-il d’une crise d’identité? Ou s’agirait-il simplement d’une confusion à repérer les motivations qui génèrent l’art et qui définissent la condition de l’artiste ? Car aujourd’hui, il n’y aurait que les statistiques qui opèreraient et non les hiérarchies. Ou, mieux dit, il y aurait les hiérarchies établies par les statistiques qui opèrent et non celles qui se revendiquent de la valeur. Car la valeur elle-même est devenue extrêmement relative, la valeur, même dans l’art, est un reflex de la demande et de l’offre. Littérature de valeur, universelle et nationale à la fois, sur papier ou numérique, alors ?

Communication complète à télécharger : Ecrire de nos jours. La culture entre universel, national et local

Le livre du mythe à l’objet. L’usage et l’abus du prestige

Si nous admettons l’assertion des Antiques, conformément à laquelle « l’homme est la mesure de toute chose », alors, nous devons accepter aussi la conséquence / la réciproque, évidente et valable au moins jusqu’au XXIe siècle: le livre est la mesure de l’homme. Je le dis de façon catégorique et contre les nombreux compromis qui sont faits pour nous convaincre que les changements en cours (technologiques) seraient au bénéfice du livre et de l’homme. Il n’est pas difficile à observer comment le monde change / l’homme, y compris du point de vue culturel; et aussi, il n’est pas difficile à prévoir que nous aurons à faire, bientôt, à un autre monde et à un autre homme. Utiliser le livre (tel que nous le connaissons depuis deux millénaires) comme argument pour ce parcours, en forçant sa définition et ses significations, c’est purement et simplement un usage et un abus de prestige! Et, par la suite, je m’expliquerai.

L’apparition du livre ne doit pas être confondue avec l’apparition de l’écriture, parce qu’elle est plus tardive. En échange, l’objet, le concept de « livre » a hérité de la tradition des manuscrits/écrits presque toute la charge magique-mythique, infiltrée dans le « «rituel »  de la lecture. Cette situation a duré approximativement un millénaire, respectivement dès la constitution de l’unité culturelle (dictée par le sujet, par l’auteur, l’éditeur, etc.) que le livre sous forme manuscrite a représentée jusqu’à l’apparition de l’imprimerie. L’intervalle coïncide avec la période de la consolidation et de l’émancipation de la culture écrite (étatique), par rapport à la culture orale (tribale). En même temps, il s’agit de l’étape de la structuration de la tradition judéo-chrétienne en Europe, avec des effets sociologiques dans le mental et le comportement humains. Sous aspect formel, il y a aussi l’intervalle de la consécration du « codex » (le livre in folio ou avec des « cahiers »  reliés, que nous utilisons aujourd’hui) au détriment du « rotulus » (le support enroulé comme un rouleau).

Dès 1450, l’imprimerie a repris la forme de « codex »  du livre, l’a développée et l’a perfectionnée pendant 565 ans. Sur le plan socioculturel, des métiers nouveaux sont apparus (typographes, relieurs, libraires, bibliothécaires, restaurateurs, etc.), des institutions (librairies, bibliothèques publiques et privées, etc.), des spécialisations industrielles (producteurs de bureaux, corps de bibliothèque, appareils d’illumination, transporteurs). Par conséquent, comme expression matérielle de la culture (symbolisée / synthétisée par le livre), notre civilisation est une civilisation du livre, sur laquelle l’ « objet » de référence a mis son empreinte.

Le problème qui se pose, avec l’apparition du soi-disant « livre numérique », c’est un problème capital et dramatique: acceptons-nous de sortir (de) ou de remplacer la civilisation du livre ou autre chose? Acceptons-nous que l’homme change sous la pression de l’ « efficacité », éventuellement, qu’il retourne à la tribu ? Car, pour le moment – de ce que l’on voit – les moyens électroniques, y compris la numérisation du livre, nous proposent une autre forme, « «perfectionnée », de culture orale, de masse; un exemple qui mérite d’être analysé: la prévalence de la lecture transitive sur la lecture réflexive.

C’est pour cela que je soutiens que l’utilisation du terme de « livre » (avec toutes ses significations) dans la sphère du numérique est un abus, une stratégie perverse et transitoire, au but de s’approprier un prestige non mérité. Notre option se doit d’être tranchante!

La dématérialisation du livre et son influence sur les pratiques sociales (résumé)

Si la mémoire collective est le véhicule qui traverse les mers du temps chargé de civilisation humaine, alors les petites roues de ce véhicule sont les livres. Les tablettes en terre de l’Orient antique, les tablettes en bois  ciré du début de l’Antiquité grecque, les rouleaux en papyrus et les parchemins  de l’Antiquité romane, les codex en parchemin du Moyen Âge, le livre imprimé sont autant de formes pour la méthode la plus efficace de transmettre les connaissances que l’humanité connaisse. L’industrie des  gadgets a provoqué une mutation culturelle par l’invention du numérique pour les livres. Tous ces types de support du produit culturel et de civilisation appelé livre ont été accompagné par des pratiques sociales, surtout de lecture, spécifiques.

Lire un tome était une activité qui supposait l’effort de tout le corps, le rouleau étant déroulé sur une table ou tenu dans les mains. La lecture se faisait à haute voix, parce qu’il n’y avait pas de démarcations minimales entre les unités de sens telles: le blanc entre les mots, des majuscules au début de l’énoncée, des signes de ponctuation. Apparu au début de notre ère, le codex a signifié un pas qualitatif par l’idée de feuille pliée, étant un ensemble de cahiers liés. La nouvelle forme oblige le lecteur à changer complètement la position du corps pendant la lecture. Les maîtres des châteaux du Moyen Âge s’entouraient de manuscrits rares et précieux qui étaient déposés dans des coffres spéciaux et mentionnés dans les testaments. La lecture, à haute voix, était un geste chargé de la solennité donnée surtout par la rareté de l’objet, au-delà du plaisir esthétique. Aux environs de l’an 1000, a lieu le passage de la lecture à haute voix à la lecture silencieuse, mutation facilité en spécial par la forme facile à manipuler du codex et d’une mise en page plus judicieuse du texte. L’apparition de l’imprimerie a mené à une véritable explosion du nombre de lecteurs par rapport aux siècles antérieurs. Accélérer l’alphabétisation au XIXe siècle est en rapport direct avec l’impression sur papier moins cher, en fibre de bois, ce qui produit un vrai processus de démocratisation de la lecture. La production de livre a été le premier processus industriel significatif et la production en série a produit la création des circuits économiques qui ont remodelé le monde. Du bûcheron dans la forêt jusqu’au lecteur, se déroule tout le modèle du monde industriel. Mais ce modèle est menacé de disparaître si la forme numérique du livre s’impose dans les préférences des lecteurs.

Quoique paru dans les années ’70, le livre numérique est devenu une proposition de remplacement du livre traditionnel au moment de l’apparition de la liseuse. La première génération d’ereader a été lancée, officiellement, aux Etats-Unis, en 2007. Avec le ebook, s’impose aussi la notion d’hypertextualité, qui modifie profondément la dynamique de la lecture et de l’écriture. La dématérialisation du livre est un pas évolutif sans précédent: le livre s’est détaché de son support et a intégré l’hypertexte dans sa structure. L’écrivain devient le créateur d’un espace hybride par l’introduction du son, de ’image vidéo qui cohabitent artistiquement avec le texte. La pratique de certains écrivains d’écrire leurs textes progressivement, en exposant les fragments devant la critique collective des lecteurs internautes mène à une croissance sans précédent du pouvoir des lecteurs, car ceux-ci sont provoqués à devenir, à leur tour, des créateurs de contenus médias.

Le caractère fini du livre disparaît au profit d’une lecture interactive et personnalisée, parce que le support de lecture est connecté à Internet. Le passage de la lecture sur papier à celle sur l’écran se fait au détriment d’un acte continu. La lecture gagne en rapidité, mais aussi en superficialité, car « lire » ressemble plutôt à « naviguer » de façon hypermédia. En conséquence, le milieu en ligne a développé déjà un nouveau type de lecture: fragmentée et formée d’extraits informationnels. Le ebook, plutôt hypermédia que livre, est lu de manière différente, en fonction des catégories d’âge. Un lecteur plus âgé, passionné et avisé, va affirmer qu’entre les couvertures physiques il retrouve des informations précieuses ou le plaisir de la lecture, tandis qu’un .pdf ou un .doc affichés sur un écran lui donnent des maux de tête. Mais il est facile pour un jeune habitué au rythme alerte de la vie pleine de gadgets d’accompagner ses heures libres avec des lectures électroniques. Le ebook, auquel on accède par l ;a liseuse, un e-reader, est le produit optimal qui sauve la pratique de la lecture, en l’adaptant au rythme alerte du XXIe siècle.

Si l’humanité se maintient dans cette vague ascendante de la technologie numérique, si elle n’est pas confrontée à une catastrophe énergétique, alors on peut prévoir que le ebook remplacera le livre imprimé. Celui-ci survivra, mais probablement encadré dans l’espace des produits de niche, de luxe même. Imprimé sur un papier cher, relié avec des matériaux inédits, chers, illustré de manière inédite, le livre imprimé regagnera son aura précieux qu’il détenait avant l’époque de l’imprimerie qui l’avait transformé en objet industriel, à la portée des masses.

Communication complète à télécharger : La dématérialisation du livre et son influence sur les pratiques sociales

2ème temps fort ERASMUS+

Conférences du 20 mai 2015, dans la salle de conférences de l’Hôtel Central Plaza

à Piatra-Neamţ, Roumanie

Compte-rendu

4 conférences sur la thématique «  Homo Zappiens. Où va le livre ? Entre livre classique et livre numérique. Quels choix des écrivains ? Quel choix des éditeurs ? Quels choix dans les bibliothèques publiques ? ».

4 conférenciers sont intervenus :

  • Le professeur docteur Adrian ROMILA, Sur la lecture, le regard et la liberté

Selon lui, une bibliothèque moderne est froide et impersonnelle. C’est souvent une bibliothèque dans laquelle on ne voit plus le livre. Or, on a tendance à oublier qu’une bibliothèque remplie de livres peut être belle. De plus en plus de gens lisent sur support numérique, car il présente des avantages indéniables, mais paradoxalement se développent les salons du livre avec de grandes allées remplies de livres papier. De même, tout le monde souhaite écrire des livres : hommes politiques, footballeurs…, ce qui semble signifier que le papier assure une immortalité et a encore une grande prestance.

Adrian Romila pose la question : qu’est-ce qu’un livre papier ? Des pages reliées qui sont lues successivement. Qu’est-ce qu’un livre numérique ? Du texte souvent combiné avec des images, des liens hypertextes, de la musique… Adrian Romila souligne que le livre papier favorise une lecture lente qui permet une interprétation littérale qui favorise elle-même une liberté d’interprétation.

L’auteur rappelle que la culture européenne s’est construite autour du papier, grâce aux textes fondateurs. Le lecteur du livre sur papier est considéré comme un homme libre. L’homme du livre imprimé perçoit de manière linéaire le texte. L’homme du livre numérique, selon Adrian Romila perçoit le texte plutôt de manière anarchique. La liberté de lecture est donc réduite. Deux termes caractérisent chacun des supports :

Le livre sur papier est fondé sur la successivité. D’après Adrian Romila, en lisant un livre papier, nous construisons nous-mêmes nos images.

Le livre numérique, quant à lui, est fondé sur la simultanéité, car il s’agit d’une photo d’un texte. Cela oblige le lecteur, d’une part, à le concevoir dans un ensemble et, d’autre part, à en faire une lecture rapide et superficielle. Cela affecte donc la façon dont on perçoit la culture.

Adrian Romila insiste sur la liberté de lecture qui, selon lui, est plus réduite sur support numérique, même si le livre numérique présente d’autres avantages.

Il conclut en posant plusieurs questions par rapport à l’avenir du livre numérique. Une source d’électricité est nécessaire. On ne peut donc pas lire partout.

Qu’en est-il du patrimoine et de la mémoire culturelle d’un pays ?

  • L’écrivain Adrian ALUI GHEORGHE (publié chez Gallimard) et directeur de la bibliothèque départementale de Piatra-Neamt, Ecrire aujourd’hui

Pour Adrian Alui Gheorghe, nos civilisations sont au carrefour. Nos valeurs traditionnelles sont en train de disparaître et l’une d’entre elles est l’identité culturelle. Il nous indique qu’avant la révolution de 1989, en Roumanie, les Roumains lisaient et achetaient beaucoup de livres. Après 1989, l’intérêt pour le livre a diminué. Il rajoute avec une pointe d’humour, précise-t-il, une phrase que l’on dit souvent dans le milieu intellectuel roumain «  Donnez-nous une dictature pour qu’on puisse faire de la culture ».

Aujourd’hui à Piatra Neamt, 12 % de la population lit contre 15% au niveau national.

Adrian Alui Gheorghe donne ensuite sa vision du livre numérique. Il souligne qu’il y a une dizaine d’années aux Etats-Unis, on a annoncé la mort du livre imprimé. Or, il n’y a aujourd’hui que 10 à 12 % des gens qui utilisent le livre numérique. En Roumanie : 5%.

Selon Adrian Alui Gheorghe, c’est le contenu qui est important, pas le support. Nous avons tendance à toujours nous opposer quand une nouvelle forme de communication voit le jour.

Aujourd’hui dans la culture, on assiste à une multiplication des informations et même à de la surinformation. La culture est ouverte à tous, mais elle s’ouvre aussi à l’impersonnalité. On ne sait plus quoi lire et parfois on lit n’importe quoi. Le directeur de la bibliothèque dit que l’on devient des analphabètes qui ne savent plus quoi lire. La situation se globalise, il reste à attendre toutes les transformations de la société.

  • Emile NICOLAE, écrivain et critique, Le livre du mythe à l’objet. L’usage et l’abus du prestige

Emile NICOLAE débute son intervention par une blague dont le message est qu’il n’y a pas de numérique s’il n’y a pas de source d’électricité. Le livre numérique est lié aux réseaux de communication. C’est l’usage et l’abus du prestige, selon l’écrivain. On utilise le mot livre alors qu’en fait il s’agit de toutes sortes de gadgets utiles, certes, mais polémiques pour le livre. Et Emile Nicolae pense que le compromis n’est pas bon pour la culture. Quand on parle du livre, on fait référence à l’objet. Cet objet a produit la civilisation du livre qui est l’expression de la culture roumaine. Il y a donc un prolongement spirituel. Toutes les cultures qui utilisent l’alphabet ont un prolongement vers l’avant et vers l’arrière. L’écriture fut un don divin : les textes fondateurs ont une symbolique mystique. Les civilisations ont ensuite vécu une étape de laïcisation, mais on a toujours gardé des traces de lecture et d’écriture.

Emile Nicolae explique ensuite que l’homme écrit et lit de différentes façons aujourd’hui. On est passé de la notion de personne à la notion de persona (personne fictive stéréotypée).

Dans l’utilisation du numérique, on retourne à la civilisation tribale, mais avec des techniques avancées. L’écrivain cite Umberto Ecco qui parle de «  mémoire végétale ». Il distingue la mémoire minérale propre aux cultures orales (plaque de pierre, papyrus…). Cette mémoire minérale fonctionne aujourd’hui avec le numérique. La mémoire végétale se rapporte au livre, à la page et à la lecture transitive et réflexive. La lecture sur papier entraîne tout le corps humain. Elle est plus lente et donc plus profonde. Le livre papier qui résistera sera certainement, selon l’auteur, le livre littéraire. Tout ce qui est scientifique sera sans doute sur support numérique.

Emile Nicolae aborde un autre thème lié à la culture numérique : celle d’une civilisation standardisée. L’homme a le même comportement (pressé, même tenue vestimentaire..) du fait du numérique. Les outils numériques, précise-t-il, sont bons, mais il faut contrôler leurs utilisations. Il y a plusieurs exemples positifs du numérique en faveur du livre. L’écrivain cite un exemple : les livres anciens sont conservés au format PDF, ils peuvent être ainsi consultés sans être abimés.

Pour conclure, Emile Nicolae revient sur la notion d’individualité : pour lui, le livre papier a une individualité, tandis que le livre numérique n’a plus d’individualité, il est dans la masse.

  • Docteur Carmen Raluca NACLAD, secrétaire littéraire et consultante artistique du Théâtre de la Jeunesse de Piatra Neamt, Dématérialisation du livre et influence sur les pratiques sociales

Carmen Raluca Naclad introduit son propos par le fait que les trois conférences précédentes ont  défendu le livre papier qui, certes, est à la base de notre civilisation, mais elle souhaite insister sur le fait qu’aujourd’hui, il faut avancer et vivre avec l’outil numérique.

La dématérialisation pousse plus loin la dimension de la culture. La culture est désormais ouverte à tous. Les études ont montré que les jeunes aujourd’hui sont des mutants, parce qu’ils sont bombardés de nombreux stimuli. Les adultes eux, ont dû s’adapter à une vie nouvelle… Le livre numérique s’avère aujourd’hui la meilleure option pour sauver la lecture.

En Roumanie, le débat entre livre papier et livre numérique n’en est qu’à ses débuts. Le prix des supports numériques est prohibitif ici, en Roumanie. Aux Etats-Unis, souligne Carmen Raluca Naclad, la vente des livres imprimés est égale quasiment à la vente des livres numériques. Elle précise que la vente des e-reader  a influencé l’augmentation de la vente de livres chez les adolescents.

Un jeune connecté à la réalité contemporaine sera intéressé si le nouvel objet qu’on lui propose est multifonctionnel. Selon la secrétaire littéraire, l’écrivain Jean d’Ormesson a proposé une collection de livres pour être uniquement numérisés (texte+ interviews).

L’autre avantage du livre numérique est écologique : moins d’arbres coupés ! Mais,  selon la conférencière, le principal défaut du livre numérique est d’offrir de l’image et, par conséquent, de diminuer le développement de l’imagination.

Carmen Raluca Naclad conclut ainsi son propos : notre civilisation est passée des tablettes en argile, aux parchemins, au codex, au livre papier et, aujourd’hui, au livre numérique. Cela fait partie de l’évolution. Le livre papier va représenter un objet de luxe, précieux et rare comme ceux du Moyen Âge.

Sur la question de l’avenir du livre, il semblerait que la Roumanie se préoccupe de cette question, mais de nombreux freins, d’une part financiers et, d’autre part, culturels, empêchent pour l’instant son développement. Cependant, chacun des partenaires est unanime : il faut désormais avancer avec le numérique.

Conception

  • Colegiul National Petru Rares (Piatra Neamt/ROU)

Partenaires

  • Ville et Médiathèque de Saint-Raphaël (FRA)
  • Association « les Ailes du Vent » (FRA)
  • Association « Mémoire à lire, territoire à l’écoute » (FRA)
  • Confluences & Europe (FRA)
  • Lesezentrum Steiermark (Graz/AUT)
  • La Maison du Livre (Bruxelles/BEL)
  • Zespol Szkol Ponadgimnazjalnych (Pelplin/POL)
  • Lycée Saint-Exupéry (Saint-Raphaël/FRA)

Photos DR

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